Mon personnage:Greyven

1314 : La chute du Temple

Je l'ignorais encore à l'époque, mais mon sommeil avait duré plus de 10'000 ans. Tous ces siècles passés enfermés dans un simple morceau d'os imprégné des terres rares de mon pentacle percé par l'orichalque. Tout ce temps perdu... J'avais manqué la fin de la civilisation Kaïm, et la naissance de celles des hommes. Et aujourd'hui, le monde semblait leur appartenir. Ma stase s'était remplie au fil des siècles, au hasard des nexus et des plexus, et j'étais libre, du moins le croyais-je. Les champs magiques étaient blessés, impurs, et je ne pouvais plus y vivre, je le sentis instinctivement dès mon réveil. Je sentis aussi la présence tout proche du métal maudit, et m'éloignai autant que je le pouvais, à travers des murs, jusqu'à rejoindre une rue peuplée de flammèches de Ka-Soleil. Fasciné, je m'approchai d'une d'elle, l'entourai de mon pentacle tel un serpent et serrai.

J'ouvris ses yeux et vis le monde à la façon des humains pour la première fois. La terre battue sous ses pieds nus, le froid contre lequel ses loques ne la protégeait qu'à peine, l'odeur nauséabonde des autres mendiants dans cette ruelle sordide, la faim qui tiraillait son estomac... J'étais assailli par toutes ces sensations nouvelles, mais après tout ce temps sans rien ressentir, je les accueillais avec joie, bien qu'elles étaient loin de ce que mes sens de Kaïm avaient pu m'apporter jadis....

J'étais à la fois bien et mal tombé : ma stase se trouvait en possession d'un templier qui était surveillé par les Nephilim : la présence fortuite d'un plexus d'eau et mon évasion consécutive, de ma stase d'abord, et de la demeure du templier ensuite, ainsi que mon incarnation dans cette mendiante, fut remarquée par les miens. L'un d'eux vint à ma rencontre, me fit quitter les lieux pour l'abri d'une maison qui leur servait de refuge quelques rues plus loin. A leur grand regret, je ne pus leur donner que quelques informations sur ce que j'avais vu en fuyant l'orichalque, ces événements m'ayant fortement déboussolé. Ces Nephilim faisaient partie de la Maison-Dieu, et leur mission était prioritaire. Ma libération était bienvenue, mais ils ne pouvaient s'occuper de moi. Ils m'évacuèrent donc dans un hospice de la Tempérance, ce qui me permit de m'adapter un peu à cette nouvelle époque, à cette nouvelle vie.

Les membres de la Tempérance me recueillirent donc et me donnèrent un cours d'histoire accéléré, ainsi que des conseils sur cette époque et surtout sur la vie en tant qu'humain. Ils étaient surpris de découvrir un Nephilim qui n'avait jamais connu d'éveil depuis la Chute, et se demandèrent même si je n'avais pas tout simplement oublié mes précédentes incarnations. L'un d'eux en particulier, un Hloranide du nom de Wotania, essaya diverses techniques mises au point par l'Arcane XIV pour que je retrouve la mémoire, mais rien n'y fit, et il finit par accepter que c'était la réalité.

Wotania m'apprit l'existence des Arcanes, majeurs et mineurs. Il ne me dit rien sur la chute du Temple qui était en cours et à laquelle il participait, mais il me questionna longuement sur mes premières impressions après mon réveil. Il est vrai que j'avais avant tout cherché à fuir l'orichalque que je sentais proche, mais j'avais repéré des flammèches de Ka qui pouvaient être des objets magiques : artefact, stase, ou autre, et c'était cela qui l'intéressait. Il me parla de l'abomination qu'était les homoncules, et avança l'hypothèse selon laquelle le temple se servait de ma stase pour alimenter des homoncules, ce qui aurait pu expliquer mon si long sommeil. Les autres théories étaient la présence d'orichalque, qui aurait affaibli nexus et plexus à proximité de ma stase, ralentissant le processus, ou simplement la malchance.

Après quelques semaines en leur compagnie, je pris la décision de partir découvrir le monde, armé des maigres connaissance de mon simulacre, Aléide. Ma stase se trouvait toujours aux mains de l'ennemi, mais je ne m'en inquiétais pas outre-mesure. Il était peu probable qu'on remarque ma disparition, et Wotania m'avait assuré que si l'occasion se présentait, la Maison-Dieu qui surveillait l'endroit la récupèrerait. Insouciant, je partis donc à l'aventure. Ma mendiante avait un certain talent pour se sortir de toutes sortes de situations et éviter entre autre de mourir de faim, et je mis cette débrouillardise à mon profit pour voyager, sans me préoccuper du lendemain. Je rencontrai toutes sortes de Nephilims, toute sortes d'humains, et en appris plus sur le monde actuel et sur ce que j'avais manqué, comme la création des Arcanes majeurs par Pharaon, ou la découverte d'une nouvelle science magique, la Kabbale. Je fus tout de suite intéressé, car la magie avait montré les preuves de ses faiblesses lors du cataclysme qui ravagea l'Atlantide. Mais je découvrais aussi que la Kabbale avait déjà plus de mille ans, et trouvai étrange qu'elle ne soit pas plus développée, la magie semblant rester la science occulte préférée des Nephilim.

Des rumeurs finirent par m'atteindre, parlant d'une nouvelle science occulte, qui en était encore à ses balbutiements : l'alchimie. C'était pour moi un signe. Si j'avais dormi tout ce temps, c'était pour m'éveiller à cette époque qui voyait naître l'alchimie, et je me jetai à corps perdu dans son apprentissage, partant explorer les labyrinthes alchimiques. On les trouvait dans toutes les grandes villes, dans ces quartiers tortueux, et je finis par m'établir à Lyon. Je comptai une fois de plus sur les talents de mon simulacre pour me sortir de toutes sortes de problèmes, mais je finis par rencontrer des alchimistes et je commençai mon apprentissage. Le Temple fut décapité quelques mois plus tard, et je sentis que ma stase était déplacée. J'avais suffisamment progressé dans l'alchimie pour construire mon athanor, mais j'avais besoin de ma stase pour cela, je repartis donc sur les routes, qui me ramenèrent à l'hospice de la Tempérance.

Plusieurs homoncules avaient été récupérés, ainsi que quelques stases, dont la mienne. C'est là qu'une nouvelle hypothèse se forma quant à mon long sommeil. Ma stase avait ceci de particulier que l'élément Eau y était prépondérant, alors que les autres éléments y était très peu représentés. Il avait sans doute fallu de nombreux plexus d'eau pour arriver à ma libération. Cela risquait de me poser problème, car l'athanor que je me préparait à construire serait le reflet de ma stase, dans une moindre mesure. Il serait donc très fortement marqué par l'Eau, et je craignais de devoir me limiter à cet élément dans mes études.

Mes craintes étaient justifiées, mais ma soif de connaissance de cette nouvelle science me poussa à continuer. Je me replongeais dans l’exploration des labyrinthes, et j’eus la chance d'apercevoir parfois la mystérieuse Atalante, mais hélas sans jamais pouvoir l'approcher.

Le temple vaincu, c'est un autre arcane, les mystères, qui se mirent en tête de dénoncer les alchimistes afin de leur nuire, et ce petit jeu du chat et de la souris dura plusieurs années. Je finis par me retirer du monde afin d'expérimenter plus sereinement mes découvertes alchimiques. Mais finalement, après plusieurs années, ce ne furent pas les mystères qui mirent un terme à mon oeuvre, mais le temple, qui bien qu'affaibli, existait toujours. Ces hommes étaient à la recherche de ma stase. Ils étaient plus nombreux, mais j'aurais pu mettre mes connaissances alchimique à contribution pour les vaincre si leur chef n'avait pas eu une épée du métal noir. Mais tandis que leurs épées me transperçaient le corps, alors que je succombais, je me sentis attiré non vers ma stase, mais vers une épée d'acier d'un des assaillants.

1492 : La chute de Grenade

L'épée continua à être utilisée, ou du moins elle l'était quand je fus libéré un siècle et demi plus tard. Nous étions à Grenade, où la lutte entre les factions occultes faisait rage. Le hasard voulu qu'un assassin maure nommé Assan ibn Zyvad avait pour mission d'inhumer le possesseur de ma stase, et ce même hasard fit qu'Assan l'accomplit sur les lieux même d'un plexus de feu qui acheva de remplir ma stase. L'endroit était isolé, la victime vivant recluse, et je n'eus pas vraiment le choix du simulacre. En fouillant sa demeure, je découvris des feuillets décrivant un rituel qui me rappela certains principes alchimique. Il s'agissait en fait du moyen de créer des stases, mais le temps avait rendu la plupart inutilisables. Seul restais des parchemins plus récents, écrits par les templiers, et montrant leur frustation car les épées ainsi enchantées ne semblaient pas remplir leur office. Ces imbéciles avaient fabriqué des stases-épées en pensant créer des armes d'orichalques! Les secrets que cette obédience avait sauvegardé suite à la chute du Temple avaient été mélangés jusqu'à devenir inutilisables, ou presque. C'était donc pour ça que je ne n'avais pas réintégré ma première stase. Et de toute évidence, ces incapables ne s'étaient rendus compte de rien. Riant de ma bonne fortune, je récupérais l'épée qui m'étais liée, et constatai que les Ka éléments étaient représentés de manière bien mieux équilibrée cette fois. Voilà qui allait m'être utile pour exploser d'autres facettes de l'alchimie. Quelle ne fut pas surprise de découvrir en fouillant dans la mémoire de mon hôte, qu'il travaillait, à son insu, pour des Nephilim. Les métamorphoses de certains de ses interlocuteurs étaient discrètes, mais pour un oeil exercé comme le mien, c'était évident. Je repérai en particulier un début de corne sur le front d'un satyre.

C'est ainsi que je terminai sa mission à la place de mon hôte, en allant rendre compte du succès de l'opération, et que je fis connaissance avec des membres de l'Arcane du Chariot de Grenade, dont Zétoras le satyre. Ils furent très surpris de voir que leur assassin était désormais un Nephilim, mais aussi fort contrariés. Ils avaient en effet investi beaucoup de temps à l'entrainement de cet humain, afin qu'il devienne un simulacre plus efficace, et mon incarnation fortuite les privait du résultat de leurs efforts. C'était l'époque du renouveau. Après plus de 2000 ans , l'Arcane VII avait de nouveau un prince, insufflant une énergie nouvelle au Chariot. Le monde n'avait pas radicalement changé comme lors de ma dernière incarnation, mais je décidai, comme pour la dernière fois, de vivre pleinement toutes les nouveautés de cette époque, et mes aspirations rejoignaient celles du Chariot. L'Arcane fut ravie de voir que je partageais leurs points de vue, ce qui leur permettait de ne pas perdre "leur" assassin. Je participai ainsi aux balbutiements de l'actuel programme d'optimisation du simulacre.

Je profitais de mon temps libre pour continuer mes recherches en alchimie, et variait aussi mes activités dans l'arcane, jusqu'à être adopté. Parmi les missions que me confia Zétoras, l'une d'elle fut particulièrement intéressante. C'était une époque dangereuse, et l'utilisation d'assassins pour éliminer des personnes gênantes était courante. Parmi les assassin de Grenade, un nom revenait souvent : celui d'Oum-El-Kheir. Ses prouesses étaient de celles qui donnaient naissance aux légendes, et l'Arcane était intéressé par découvrir son identité, et pourquoi pas de l'utiliser. Ma mission fut de le débusquer. Le meilleur moyen de le trouver était de lui confier un travail, avant de surveiller attentivement la cible. Quelle ne fut pas ma surprise quand la silhouette sombre qui s'était glissé jusqu'au toit de la demeure la cible se mit à aller et venir, penchée vers le sol. De ma position, je ne voyais pas ce qui se passait, mais l'apparition d'une créature de Kabbale fut bien visible. Un kabbaliste. Je passai immédiatement en vision Ka, et je découvris le pentacle d'un pyrim, là sur ce toit. Voilà qui expliquait le talent d'Oum-El-Kheir.

Je le laissai opérer, puis le suivit discrètement, avant de me révéler à lui quelques rues plus loin. Nous fîmes plus ample connaissance dans les semaines qui suivirent, jusqu'à devenir amis. Il collaborait à l'époque avec les sages soufis, et me fit présenta d'autres Nephilim. L'un d'eux faisait partie de la Maison-Dieu, et cherchait un nouveau simulacre. Il était un bon candidat pour nos apprentis assassins, et nos deux Arcanes se mirent d'accord.

Mais Grenade n'allait pas rester le paradis ésotérique qu'elle était, et il fallait penser au départ. Afin de préserver ses acquis, le Chariot "déménagea" en direction de l'Italie, petit à petit. Je restais toutefois sur place, certain que j'étais d'être sur le point de faire une grande découverte alchimique. La prise de la cité sonna le glas de mes recherches, et je repris le chemin de la clandestinité. Je partis pour l'Italie afin de rejoindre le chariot, mais hélas, je ne devais pas quitter la France. Poursuivit par des ennemis non identifiés, je succombai sur leurs coups. Ma stase était à l'abri, emmenée par le Chariot quand mes camarades avaient quitté Grenade, mais hélas, mes ennemis avaient une stase vide avec eux prête à m'accueillir.

1933 - 1945 : Les années noires

Ma nouvelle prison pour les 500 années suivantes fut un carnet de navigateur portugais. Qu'est-ce qui avait poussé mes kidnappeurs à choisir cette stase, je l'ignore. Peut-être le carnet était-il vierge et fut rempli ensuite au gré des voyages de son propriétaire. Toujours est-il qu'il finit dans la collection privée d'un riche juif qui l'emporta avec lui lors de sa fuite d'Allemagne en 1933, et c'est en Suisse que le carnet se retrouva un an plus tard quand je fus éveillé. Mon simulacre à cette époque était un scientifique écossais du nom de Edward McLeod venu enseigner à l'université de Zurich. Je fus surpris de découvrir comme le monde avait changé, et les sciences avaient fait un bon prodigieux depuis ma dernière incarnation. Mon simulacre étant un scientifique, cela m'ouvrait toutes sortes de connaissances. Comme c'était différent de m'incarner en homme érudit, après avoir connu l'ignorance superstitieuse d'Aléide.

Je me lançai donc dans les même recherches que mon hôte, indifférent à la politique européenne. Je renouai des contacts avec le Chariot. Zetoras était incarné à nouveau depuis une dizaine d'années, et me raconta qu'Assan ibn Zyvad l'avait été recruté par le Temple après que ma remise en stase l'ait libérée, et qu'il s'était montré un adversaire acharné. Il avait finalement été capturé, et utilisé à nouveau comme simulacre. C'était étrange d'entendre parler d'Assan après 5 siècles de sommeil, mais cela me conforta dans l'idée qu'il fallait être prudent avec nos simulacres si on ne voulait pas que ce genre de choses se produisent.

Je repris mes travaux alchimiques, atteignant finalement le deuxième cercle. Mon oeuvre au blanc était sur le point de commencer quand débuta la guerre. Mes contacts alchimiques et mes amis du Chariot me parlèrent alors du projet Mercure Rouge, et enthousiasmé par les possibilités, je m'y jette à corps perdu. Nous travaillâmes pendant des années à cette bombe Ka, qui était censé bloquer les champs magiques pour les rendre inopérants. J'y côtoyai de nombreux Nephilim et nouai plusieurs amitiés dans le centre de recherche secret dissimulés dans une montagne, dont même le conseil fédéral ignorait l'existence.Nous avions presque atteint notre but, quand des espions furent découverts. J'étais parmi les rares à m'opposer à l'arrêt des recherches, mais les conséquences d'une mauvaise utilisation de notre découverte effraya la majorité, et le projet fut abandonné.

Tous ces efforts réduits à néants me laissèrent un gout amer. Cette réunion de Nephilims du Chariot, de la Papesse, de la Roue de Fortune et de la Force avait abattu une quantité impressionnante de travail en quelques années, et tout cela passait aux oubliettes. Je posai mon regard sur ce monde que la guerre déchirait, et je sentais le besoin de me rendre utile. Poursuivre des recherches alchimiques ne me disait plus rien pour le moment, car je savais que j'allais à nouveau avancer tel un escargot en comparaison, car je me retrouvais seul. Les membres du projet Mercure rouge s'étaient séparés, préférant couper les ponts plutôt que de continuer un quelconque travail avec un espion. La confiance était rompue. C'est ainsi que je m'impliquais dans l'exode invisible. J'y retrouvais un vieil ami, un Nephilim que j'avais à peine connu à Grenade. Cette fois ci, nous avions tous le temps de faire connaissance tandis que nous faisions fuir le peuple de la Brume.

A la fin de la guerre, je repris mes travaux d'alchimie, et m'isolai à nouveau loin des miens. Je fus contacté après quelques années par un Pyrim du nom d'Yrkahn qui avait travaillé sur Mercure Rouge et qui souhaitait reprendre le projet. Je fis preuve de prudence, mais pas suffisamment, car Yrkahn se révéla faire partie du Diable, et avoir été un des espions, non découvert, qui avait essayé de voler nos recherches. Je n'eus que la satisfaction de savoir que ni mes notes, ni ma stase, ne tombèrent entre leurs mains. Afin d'échapper aux sbires d'Yrkahn, qui comptait bien me faire coopérer de force, je fit exploser mes poudres alchimiques pour détruire mon laboratoire, et je n'eus d'autre choix que de vider volontairement ma stase afin d'y être enfermé de nouveau.

2006 : le présent

Heureusement, cette fois-ci, il semble que j'ai dormi moins longtemps, mais on dirait que le monde a changé encore plus vite pour me surprendre une fois de plus. J'accueille tous ces changements avec bonheur. Mon nouveau simulacre, Mathilde Préval, est une scientifique et cela convient parfaitement à mon caractère curieux.


Mon personnage: Greyven