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Enfin, j'allais pouvoir servir véritablement mon daimyo! Mon Sensei nous avait confié, à mon ami d'enfance Watsuku et à moi même, une mission de la plus haute importance. Nous devions nous rendre dans le territoire du clan du Lion et obéir aux ordres que nous donnerait un puissant samurai, qui avait fait preuve de grand courage en affrontant les ordres de l'outre-monde, le grand Matsu Shokuku.

Je ne conterai pas ici le voyage qui nous conduisit à ce noble guerrier. Nous fûmes reçu par Matsu Shokuku en personne et il nous expliqua ce qu'il attendait de nous. Nous n'étions pas seuls: Shingoa, shugenja du clan du Crabe, se trouvait là également. Matsu Shokuku nous rappela l'alliance qui unit depuis des temps immémoriaux le clan du Lion et le clan mineur du Lièvre. Toutefois, cette alliance était en péril. Un membre du clan du Lièvre avait en effet été vu quittant le territoir du Lion, peu après la disparition d'un parchemin important. Comme chacun le sait, le clan du Lièvre se trouve tout près du clan du Scorpion, dont chaque être sait qu'il doit se méfier. Ce parchemin ne devait en aucun cas tomber aux mains du clan du Scorpion. Notre mission était donc de faire la lumière sur cette affaire et d'empécher les insidieux scorpions de mettre la main sur ce parchemin. Bien que Matsu Shokuku nous offrait le gîte, il nous paraissait primordial de ne pas perdre de temps. Je lus la satisfaction sur son visage quand nous prîmes congé.

Bien que nous ne possédions pas de sauf-conduit pour traverser les terres du Scorpion, nous prîmes ce chemin car il était le plus court. Peut-être aurions-nous dû voyager discrètement, mais nous craignions d'attirer l'attention si nous étions pris à agir de la sorte. Notre route croisa celle d'une samourai qui nous interrogea sur la raison de notre présence sur les terre du Scorpion sans laisser-passer. Je prétextai que nous nous étions égaré par la faute de Shingoa, incapable de nous guider. Même si je doutais avoir été convainquant, elle nous laissa poursuivre notre route.

Nous entrâmes le lendemain sur les terres du clan du Lièvre. Le soleil était haut dans le ciel quand le bruit d'un combat attira notre attention. Un samourai arborant le mon du Lièvre affrontait une créature immense que j'identifiais immédiatement comme appartenant à l'outre-monde. Bien que se battant avec un courage et une technique des plus impressionnants, le samourai semblait en mauvaise posture. Mes compagnons et moi décidâmes d'aider ce samourai: les règles du duel ne s'appliquent évidemment pas aux monstres qui peuplent l'outre-monde. Hélas, cette chose était d'une puissance redoutable, et sa peau plus dure que l'écorce d'un chêne centenaire. Mes coups semblaient sans effets, alors que d'un seul, il étendit Watsuku. Furieux, j'abandonnai toute prudence et me jetai sur l'immonde. Il dirigea alors son énorme massue sur moi. La violence du choc me fit perdre connaissance. Quand je me réveillai, Shingoa utilisait ses pouvoirs de guérison sur moi. Il avait déjà soigné Watsuku. Le monstre avait péri, de même que le samourai du clan du Lièvre. Un homme chevauchant une monture telle que je n'en avais jamais vue et portant le mon de la Licorne se tenait là. Shingoa nous expliqua comment cet homme, Wataki, l'avait aidé à vaincre la créature. Remis de nos blessures grâce à la magie shugenja, nous décidâmes de ramener le samourai mort aux siens. Une chose frappa Shingoa: le monstre portait un foureau magnifiquement ouvragé, mais pas de sabre. Le shugenja emporta donc le foureau, qui ne semblait pas non plus appartenir au samourai mort, qui en possédais un autre.

Nous arrivâmes rapidement à la forteresse du clan du Lièvre. Le samourai dont nous avions ramené le corps était le fils d'Oda Usagi, daimyo du clan. Celui-ci nous appris que depuis quelques semaines, des créatures de l'outre-monde opéraient des exactions sur son territoire. Par contre, il fut très surpris par le fourreau de sabre: il s'agissait en effet de celui du sabre ancestral du clan du Lièvre, disparu depuis bien longtemps, emporté dans l'outre-monde. Nous nous proposâmes de retrouver cette arme. Grâce à ses pouvoirs, Shingoa l'avait localisée dans une ancienne forteresse du Crabe, située dans l'outre-monde, et tombée aux mains des monstres qui la peuplent longtemps auparavant. En ramenant cette arme, nous voulions prouver notre valeur au clan du Lièvre et pouvoir ainsi enquêter plus facilement.

Shingoa nous guida jusqu'aux portes de l'outre-monde, sur le territoire du clan du Crabe. Une muraille gigatesque protège l'empire de Rokugan des hordes de l'outre-monde, et le clan du Crabe a pour mission de garder les passages dans cette muraille. C'est à l'un de ces passages que le shugenja nous conduisit. Les gardes nous traitèrent de fous, certains que nous ne reviendrions pas. Le voyage en outre-monde fut éprouvant, je ne le nie pas. Ces territoires désolés, sans trace de vie, aux couleurs ternes... Je passerai sur le voyage et la tentative pathétique d'une bande de gobelins de nous attaquer pendant la nuit. L'essentiel est que nous arrivâmes à la forteresse Hiruma, accompagnés de crétures amicales, des Nezumi, rencontrés par hasard et que Shingoa avait convaincu de nous aider à attaquer Hiruma, ce qui ne fut pas facilité par l'absence de langage commun pour communiquer. Watsuku, le plus discret d'entre-nous, partit en écléreur pour évaluer les forces en présence. Durant l'observation, il remarqua quelqu'un d'autre qui faisait la même chose. Nous nous dirigeâmes dans sa direction, mais elle fut plus efficace que nous et réussit à nous surprendre. Il s'agissait d'une femme, shugenja, qui n'arborait aucun mon. Elle nous proposa une alliance, puisque nous avions le même but: entrer dans la forteresse. Wastuku était pour, mais Wataki refusa, arguant que si elle ne portait pas de mon, c'était parce qu'elle était déshonorée, ce qu'elle nous confirma. Personnellement, j'étais plutôt favorable à sa présence puisque celle de ces créatures ne me dérangeait pas. Je n'avais pas confiance, mais je tolérais leur présence, prêt à intervenir violemment s'il leur venait la malheureuse idée de nous trahir. La femme, nommée Masago, malgré les arguments de Watsuku, fut plus sensible au rejet de Wataki, et s'en alla.

Nous attendîmes la nuit pour tenter d'entrer discrètement par une brèche dans le mur ouest. Malheureusement, Watsuku ne put éliminer tous les gobelins qui dormaient la vers l'entrée. L'un d'eux se réveilla et donna l'alerte. La fuite sembait une bonne solution, puisque deux ogres comme celui qu'on avait rencontré en arrivant sur le territoire des Lièvres se trouvaient là. Wataki, de son cheval, alla narguer nos ennemis devant l'entrée, ce qui eut l'effet escompté: un groupe de gobelins, suivi d'un ogre, parti à la poursuite du cavalier. Mes camarades et moi en profitâmes pour retourner à l'assaut! Après avoir massacré les gobelins qui nous barraient le passage, nous attaquâmes l'ogre restant. Il étendit raide deux de nos alliés de l'outre-monde. Shingoa utilisa à nouveau sa frappe de Jade, tandis que Watsuku et moi frappions la bête. Je réussis à lui donner le coup de grâce. Les gobelins restés sur les remparts nous assaillant de flêches, nous nous réfugiâmes à l'intérieur de la plus grande batisse. Nous la nettoyâmes de ses occupants au premier étage. La cuisine fut le théâtre d'une dispute entre Shingoa et Watsuku: le cadavre à moitié dévoré d'un samourai du Crabe se trouvait sur une table. Watsuku voulait le ramener avec nous, alors que le shugenja voulait faire une cérémonie. Je tentais de jetter entre eux un gobelin qui était resté caché sous une table pour détourner leur attention, en vain. Puis je les laissai, occupé par un groupe de gobelins qui venaient voir ce qui se passait. Je les terrassai en les attendant devant la porte, les obligeant à me combattre l'un après l'autre. Ensuite de quoi je laissai mes camarades se disputer pour visiter le reste de l'étage. Toutefois, préférant ne pas tomber dans une embuscade seul, je retournai chercher Watsuku avant de passer à l'étage suivant. Alors que je montais les marches, un rocher apparut et dévala les marches, tandis que je tentais de sauter la rambarde. Je ne fus pas assez rapide et mon pied fut ´crasé par la pierre. Heureusement, Watsuku put esquiver la pierre. Je montai les marches et trouvai un gobelin solitaire qui tenait encore le levier qu'il avait utilisé pour faire basculer le rocher. J'eu tôt fait de l'occire, ensuite de quoi je visitai l'étage, qui ne contenait que des pièces vides. Entendant de l'agitation en bas, je redescendis. Masago était là, soutenant un Wataki blessé qui nous affirma que l'autre ogre ne nous causerait plus jamais d'ennuis. Je guidai mes compagnons jusqu'au troisème étage. Tout était délabré, mais on voyait encore que cela avait jadis été les appartements d'un daymio. Un gobelin vêtu d'une sorte de robe et d'une ridicule coiffe ornée de plumes était en train de prononcer d'étranges paroles. Il se taillada un bras et deux formes translucides apparurent et avancèrent, aggressives. Je tentai par mes flèches de tuer ce sorcier gobelin, mais avant que j'y parvienne, il avait jeté sur moi quelques gouttes de son sang visqueux, presque solide même, pour qu'il puisse le jette à travers la salle comme cela. Quelle malédiction m'avait donc touché en même temps que ce sang maudit? En tout cas, ma flèche eut raison de sa vie et les deux spectres disparurent aussitôt, ce qui nous sauva car nous ne pouvions les toucher sans magie, et Shingoa était trop fatigué pour en faire. Il faut dire qu'il avait utilisé sa frappe de Jade plusieurs fois et qu'il nous avait par la suite soigné. En tout cas, nous avions trouvé le sabre, que ce gobelin avait à la ceinture. Mais Masago le souhaitait pour elle: frappée par un mal mystérieux (qui expliquait cette tache noire sur son visage), voulait étudier l'arme, car elle avait entendu dire qu'elle possédait des propriétés curatives. Wataki ayant une dette envers elle (elle lui avait en effet sauvé la vie), il voulait bien plaider sa cause pour que Oda Usagi, daymio du clan du Lièvre, lui laisse utiliser ce sabre dans ses recherches. Mais Watsuki refusa d'en faire plus et de lui laisser le sabre. Je pense qu'aucun de nous n'aurait accédé à la demande de la shugenja. Nous décidâmes de passer la nuit à l'extérieur d'Hiruma, car nous étions tous blessés et nous ignorions combien d'adversaires il restait. Au matin, Masago et les Nezumis avaient disparus.

Shingoa resta garder les chevaux, tandis que Watsuku, Wataki et moi retournâmes à la forteresse pour finir notre visite. L'un des deux petits batiments était vide, mais l'autre ´tait plein de gobelins. Plutôt que de nous fatiguer à tous les sabrer, je proposai que nous mettions le feu à la batisse. Tandis que mes deux camarades empêchaient les gobelins de sortir en bloquant les portes, je visitai la cave du grand batiment. Elle était malheureusement vide, de même que les étages supérieurs. Pas de trace de Masago... Etrange qu'elle ait disparu ainsi, alors qu'elle semblait tant tenir à au sabre. A moins qu'elle ne nous ait dit cela que pour détourner notre attention de son véritable but... Laissant derrière nous la forteresse Hiruma en flammes, nous retournâmes à Rokugan, en prenant bien soin de repasser par la même porte qu'à l'aller, pour rabattre le caquet de ces gardes insolents.

De retour sur le territoire du clan d'Oda Usagi, nous apprîmes que le clan du Scorpion était sur le point d'attaquer celui du Lièvre. Le daymio fut ravi de notre retour: l'épée ancestrale de son clan lui était enfin de nouveau en possession de ses légitimes propriétaires. Il nous fallait maintenant enquêter pour découvrir pourquoi les Scorpions voulaient attaquer, et aussi accomplir enfin notre mission. Nous pûmes apprendres les choses suivantes: Tomoe Usagi et son malheureux frère s'étaient absenté à la cour de l'empereur afin de trouver un mari pour Tomoe. Tomoe avait passé beaucoup de temps dans sa chambre et y conservait plusieurs ouvrages de la bibliothèque familiale traitant de l'outre-monde. Un des soldats, proche du daymio, se droguait à l'opium. Nous participâmes à une rencontre entre Oda Usagi et une délégation du Scorpion. La femme croisée lors de notre passage sur le territoire du Scorpion la dirigeait. Elle nous prit à part, Watsuku et moi, mais elle ne tira rien de nous. Le fait que nous ne sachions rien y était pour beaucoup. Nous décidâmes à notre retour de tout dire à Tomoe, certains qu'elle n'était pas innocente dans cette histoire de parchemin. Wataki, qui avait pu nouer une certaine relation avec elle, fut désigné pour tout lui avouer. Elle accusa le coup, et nous révéla ce qu'elle savait.

Lors de son voyage avec son frère, elle avait surpris un membre du clan du Lion recevant de l'or d'un membre du clan du Scorpion. Le frère et la soeur avaient suivi le scorpion, mais avaient été repérés. Un combat s'en était suivi, qui avait vu la mort du scorpion. Sur son corps, Tomoe avait trouvé le fameux parchemin. Depuis, elle essayait de le traduire, car il était codé d'une étrange maniè. Nous proposâmes notre aide à Tomoe, qui accepta. Il nous fallut environs une heure et demie pour comprendre le sens du texte, essayant ici et là de faire correspondre tel symbole à telle lettre. Il restait à décider ce que nous allions faire maitenant que nous savions!

Voici une retranscription du texte que nous avons traduit:

Cher Adepte,
Bien que nous nous refusions d'ordinaire à de telles extrémités, la mission que je me vois forcé de vous donner est d'éliminer le seigneur de la for&eacirc;t perdue. Nos agents sur place, qui se feront connaître de la façon habituelle, vous fournirons aide et assistance. Un autre échec serait vu par nos pairs comme un manque cruel de compétence de votre part et comme une grave erreur de ma part. Cela ne doit pas arriver.

Quant à la signature, il s'agissait de deux lettres, le A, et une autre que nous n'avons pu identifier car elle n'apparaissait pas dans le reste du texte. Il peut s'agir du K, du W, du Y et du Z. Il faudrait voir les noms des principales familles des clans concernés, à savoir le Lion et le Scorpion.

A l'aube, le lendemain, les scorpions nous proposèrent que trois ne nos champions affrontent trois bushis du clan du Scorpion. Pour chaque victoire, vingt paysans auraient la possibilité de quitter sains et saufs la forteresse. Watsuku et Wataki se proposèrent pour affronter les scorpions. Pour ma part, j'étais fort occupé à effectuer une copie du parchemin, ainsi qu'un faux à l'attention des scorpions. Le troisième combattant était ce bushi qui abusait de l'opium.

Le duel eut lieu en un instant. Le bushi du clan du Lièvre fut tué d'un seul coup. De la même manière, Watsuku et Wataki se débarrassèrent de leurs adversaires. Ceci eut une effet fort bénéfique sur le moral des troupes. Même les paysans refusèrent de quitter leur daymio.

Le reste de la journée fut passé à repousser plusieurs assauts forts meurtriers. Au soir, mes amis et moi étions blessés et la magie de Shingoa nous fut trés utile pour reprendre des forces. Hélas, les assauts du lendemain furent d'une rare violence eux aussi... Par ailleurs, nous ne pouvions permettre que le parchemin tombe aux mains du clan du Scorpion. L'honneur de notre clan était en jeu. Mais Oda Usagi refusait que nous utilisions le faux que j'avais écris. Nous cherchâmes alors un moyen de quitter la forteresse et d'accomplir notre mission. Alors que la forteresse était sur le point de tomber, un passage secret nous fut révélé. Mêi;me Oda ignorait son emplacement, mais la chance était avec nous. Oda nous demanda une dernière faveur: emmener avec nous sa fille Tomoe. Inutile de dire que Wataki accepta avec empressement.

Utilisant ce tunnel creusé sous la forteresse, notre petit groupe quitta le territoire de ce qui fut le clan du Lièvre. Notre mission pour notre daymio était un succès, mais la fin de ce clan et les yeux tristes de Tomoe nous rappelaient que notre réussite n'était qu'illusion.